Les troubles schizophréniques

La schizophrénie est une affection psychotique d’expression très variée. Les troubles débutent entre 15 et 25 ans et évoluent jusqu’à la fin de la vie. Les causes exactes de la maladie restent inconnues, cependant l’interaction entre un terrain génétique et un stress (psychologique ou environnemental) entraînerait une vulnérabilité à la schizophrénie.

Cela commence par des troubles de l’attention, de concentration, des troubles de mémoire et des troubles de fonctions exécutives avec difficultés de faire une tâche simple telle que préparer un repas. Il y a perte de l’unité psychique : la pensée devient floue, discontinue. Le discours est illogique et difficile à suivre. Le langage perd sa fonction de communication.

Selon la classification internationale des maladies (CIM-10) de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), les troubles schizophréniques font partie des troubles dits psychotiques.

 Le diagnostic de « schizophrénie» recouvre des symptômes très variables d’une personne à l’autre et pour une même personne au fil du temps. Il n’y aurait pas une schizophrénie mais plusieurs, voire un très grand nombre. C’est pourquoi, on parle aujourd’hui des schizophrénies.

Quelques repères

Symptômes et signes d’alerte

Actuellement, la Classification internationale des maladies (CIM-10) de l’OMS est utilisée comme base pour poser le diagnostic des troubles schizophréniques.

Les symptômes

Le type, l’intensité et la fréquence des symptômes varient selon les personnes et les situations. Ils ne sont pas nécessairement présents en même temps.

 Désorganisation

Il s’agit d’un relâchement des liens entre idées, émotions et attitudes. La pensée devient floue, discontinue (on parle de diffluence). Le discours de la personne peut paraître illogique et difficile à suivre. Cette désorganisation peut se traduire par des comportements qui paraissent bizarres, étranges voire absurdes, dont on ne comprend pas le but. La personne peut aussi manifester des émotions sans rapport avec la situation (ex : rire dans une situation triste). Ou exprimer en même temps des sentiments contraires (appelée ambivalence affective).

Symptômes dits positifs

Ces symptômes modifient la perception de la réalité : la personne voit, entend, sent ou ressent des choses qui n’existent pas pour son entourage :

Pensées délirantes : elles peuvent être persécutives, mystiques, mégalomaniaques, hypocondriaques, de transformation corporelle, d’influence (conviction d’être sous l’emprise d’une force extérieure) ou de référence (la personne attribue à l’environnement une signification particulière. Par exemple, les émissions de télévision, de radio ou Internet s’adressent à elle directement).

La personne peut avoir l’impression que sa pensée est devinée, commentée ou volée, que des actes ou des pensées lui sont imposés. D’autres mécanismes délirants (intuition, illusion, interprétation, imagination) peuvent être présents. Ces pensées peuvent être accompagnées d’une forte anxiété ou bien être vécues dans une apparente indifférence.

Hallucinations : la personne voit des choses (hallucinations visuelles) ou entend des voix (hallucinations acousticoverbales) que l’entourage ne voit pas ou n’entend pas. Elle peut également avoir des sensations de piqûre, de brûlure, la sensation d’être traversée par des ondes, etc. (hallucinations tactiles ou sensorielles dites cénesthésiques). Souvent l’entourage repère les hallucinations indirectement : la personne a des attitudes d’écoute, s’arrête de parler brusquement, exprime de la peur ou de la surprise, parle avec elle-même à haute voix (soliloquie).

Symptômes dits négatifs

Les symptômes négatifs consistent en une diminution ou une perte des fonctions normales émotionnelles et sociales. À savoir :

Une capacité réduite à exprimer ses émotions (affect émoussé) qui implique que la personne montre peu ou pas d’émotion. Le visage peut sembler immobile. La personne a peu ou pas de contact visuel avec les autres. La personne n’utilise pas ses mains ou sa tête pour ajouter un côté émotionnel lorsqu’elle parle. Des événements qui normalement les pousseraient à rire ou à pleurer n’entraînent aucune réponse.

La pauvreté du vocabulaire renvoie à une diminution de la quantité de paroles. Les réponses aux questions peuvent être laconiques, parfois un mot ou deux, donnant l’impression d’un vide intérieur.

L’anhédonie renvoie à une moindre capacité à éprouver du plaisir. La personne peut porter un moindre intérêt à ses activités précédentes et consacrer plus de temps à d’autres, inutiles.

L’asocialité consiste en un manque d’intérêt pour les relations avec les autres.

Ces symptômes négatifs sont souvent associés à une perte générale de motivation et des objectifs.

Trouble cognitif

Le trouble cognitif consiste en une difficulté de concentration, de mémorisation, d’organisation, de prévision et de résolution des problèmes. Certaines personnes sont incapables de se concentrer suffisamment pour lire, suivre le fil d’un récit, d’un film ou d’une émission de télévision ou pour suivre des indications. D’autres ne parviennent pas à ignorer les distractions ou à rester concentrées sur une tâche. Tout travail qui implique une attention pour les détails, un investissement dans des procédures compliquées, une capacité de décision et une compréhension des interactions sociales peut donc devenir impossible.

Des signes qui peuvent alerter

Les premiers signes peuvent apparaître de façon progressive ou soudaine : une bouffée délirante aiguë (expérience psychotique passagère avec un début brutal), un trouble de l’humeur (épisode dépressif, maniaque ou mixte) ou un passage à l’acte (tentative de suicide, fugue, délit, etc.).

À la fin de l’épisode aigu, il est possible que la personne ne retrouve pas son état antérieur.

Les symptômes schizophréniques peuvent aussi être masqués par un trouble des conduites alimentaires (anorexie, boulimie), une addiction, des symptômes dépressifs atypiques ou des troubles obsessionnels et compulsifs. D’autres signes (difficultés scolaires ou professionnelles chez un adulte jeune) peuvent être confondus avec une crise d’adolescence.

Le diagnostic

Selon la CIM-10, les troubles schizophréniques se caractérisent par une altération de la perception et de la pensée associée à des symptômes dits positifs et négatifs.

Les symptômes identifiés doivent être présents simultanément ou non, de façon permanente, depuis au moins un mois pour confirmer ce diagnostic.

Il est important d’informer la personne de manière claire et accessible, en tenant compte de son état de santé et de ses souhaits, afin d’envisager avec elle ses soins, son projet de vie et son rétablissement. Les soins et l’accompagnement sont difficiles à maintenir dans la durée si la personne ne voit pas de bénéfice pour son mieux-être.

Les échanges avec les proches sont importants car ces derniers sont souvent un soutien essentiel. En accord avec la personne, la famille ou l’entourage proche sont informés. Il est important d’évaluer le besoin d’aide des proches et y répondre le cas échéant.

Troubles schizophréniques et consommation de substances psychoactives

  • La consommation de cannabis diminue l’efficacité des traitements et peut avoir un impact négatif sur l’évolution de la maladie (aggravation des symptômes, rechutes plus fréquentes, augmentation de l’impulsivité). Pour certains chercheurs, la consommation de cannabis peut provoquer la survenue de symptômes psychotiques chez des personnes présentant une vulnérabilité. 

La consommation de cannabis peut avoir un effet calmant sur certains symptômes (angoisse, inhibition), mais ce soulagement est de courte durée et la consommation de cannabis aggrave l’évolution de la maladie.

  • Une consommation excessive d’alcool, utilisée pour lutter contre les conséquences de la maladie (angoisses, inhibition etc.), entraîne également une aggravation des symptômes. L’alcool peut augmenter les effets indésirables des médicaments psychotropes. Il fragilise l’état de santé général et favorise les troubles du comportement.
  • Une consommation importante de tabac ( dans le cas de traitement médicamenteux) peut diminuer l’effet de certains médicaments psychotropes. De ce fait, les fumeurs présentant des troubles schizophréniques se voient prescrire des doses de médicaments plus élevées que les non-fumeurs. Ce qui peut augmenter la fréquence de leurs effets indésirables.

Soins et accompagnement

L’évolution des symptômes varie beaucoup d’une personne à l’autre et au fil du temps. En général, des soins et un accompagnement psychosocial adaptés permettent de diminuer les symptômes et de préserver la qualité de la vie de la personne.

Les soins visent la diminution des symptômes, le rétablissement et la meilleure qualité de vie possible pour la personne. 

L’accompagnement d’une personne concernée par des troubles schizophréniques doit prendre en compte les symptômes, l’insertion sociale, familiale et affective.

 

En fonction des besoins de la personne, des réponses biologiques, psychothérapiques et/ou sociales peuvent être proposées. Dans tous les cas, la personne doit être informée des objectifs des soins et de l’accompagnement qui lui sont proposés et impliquée dans les décisions la concernant.

Il est à souligner que les médicaments ne résument pas le traitement.

 Le traitement des troubles psychiques fait appel à de multiples moyens : contacts réguliers avec les soignants, psychothérapie, réhabilitation psychosociale, accompagnement social et médico-social, entraide mutuelle, etc. Les médicaments sont une partie du traitement qui peut aider la personne dans son parcours de rétablissement, en soulageant les symptômes qui la submergent.

 Réhabilitation psychosociale

 C’est l’ensemble des aides qui contribue au rétablissement d’un fonctionnement psychologique et social satisfaisant pour la personne.

 La réhabilitation repose sur l’idée que toute personne est capable d’évoluer vers un projet de vie choisi. Elle propose de l’aide et un accompagnement sur différents aspects : clinique (symptômes, traitements), fonctionnel (capacités cognitives, relationnelles, autonomie) et social (logement, gestion du budget, retour à l’emploi).

 Elle s’appuie sur les objectifs et les ressources propres de la personne, afin de l’aider à mener à bien ses choix en tenant compte de ses symptômes et d’éventuels handicaps associés.

 La réhabilitation psychosociale s’appuie sur des méthodes et des approches variées et complémentaires :

 Thérapie de soutien : elle permet d’échanger sur son quotidien, sa maladie et ses conséquences, afin de mieux cerner ses difficultés et trouver des solutions adaptées. 

Thérapies comportementales et cognitives (TCC) : elles aident à réduire ou à mieux vivre avec les symptômes, en particulier délirants. Elles peuvent améliorer la régulation des émotions, la vie quotidienne et la gestion du traitement médicamenteux.

Remédiation cognitive : individuelle ou en groupe, elle vise l’amélioration des troubles cognitifs (mémoire, attention, fonction exécutive). Des exercices sont réalisés avec un professionnel à partir de différents supports (planches avec des mots, images, films, souvent à l’aide d’un ordinateur).

- Éducation thérapeutique du patient (ETP) et psychoéducation : ces programmes, animés le plus souvent en groupe, aident patients et proches à comprendre les causes, les symptômes et le traitement proposé. Le groupe permet un partage d’expérience et une entraide utiles à la résolution des problèmes. Cette approche a montré son efficacité, notamment en diminuant le nombre de rechutes et de ré-hospitalisation,

- Thérapies familiales : ces thérapies ont pour objectif de permettre aux membres d’une famille :

• d’évoluer ensemble vers un fonctionnement plus souple,

• de dépasser une situation de crise,

• d’autoriser l’évolution individuelle de chacun des membres,

• de trouver de nouveaux équilibres.


 

Si le recours au soin est souvent nécessaire dans le cas de troubles schizophréniques, la personne peut aussi développer des ressources personnelles qui peuvent l’aider à aller mieux.

Par exemple, porter attention à ses rythmes de sommeil et à son alimentation, limiter sa consommation d'alcool, de substances psychotropes (cannabis, autres drogues). pratiquer une activité physique, sociale ou culturelle que l'on aime, solliciter les personnes de son entourage en qui on a confiance.

 Enfin, des échanges avec des personnes vivant ou ayant vécu des troubles psycho tiques peuvent apporter un réel soutien et une aide utile (Groupes d'entraide mutuelle, association de patients et de proches, groupes de parole, forums de discussion).

 Afin d'éviter une rechute ou une aggravation, il est aussi possible d'apprendre à repérer les signes d'alerte (ex:changement d'humeur ou de comportements, perte d'intérêt, troubles du sommeil, irritabilité, fatigue, pensées intrusives, sentiment de persécution, etc.).


En somme, ces troubles peuvent entraîner une grande souffrance chez la personne et ses proches. Ils peuvent aussi avoir des conséquences importantes sur la vie affective, familiale, professionnelle et sociale. Mais il est désormais établi que pour une majorité des personnes les troubles évoluent de manière favorable, vers le rétablissement, notamment quand elles bénéficient de soins et d’accompagnement adaptés.

Références :

•Guillemain H., Schizophrènes au XX° siècle, Alma Éditeurs, 2018.

 • Koenig M., Le rétablissement dans la schizophrénie. Un parcours de reconnaissance, PUF, 2016.

 • Langlois T., J’entends des voix. Mieux vivre avec ses voix et ses hallucinations auditives. Odile Jacob, 2019.






Pierre E. GEDEON,

Psychologue, M.Ed / M.Psy

Certifié en Développement des Compétences relationnelles et en Psychothérapie.

©️ Octobre 2024.


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