Se donner le droit à l'erreur
Dans une société de compétition, difficile de ne pas se laisser déstabiliser par ses échecs. Mais attention : la peur de décevoir peut mener à l’immobilisme. Finalement, ce qui compte ce n’est pas l’erreur, mais la façon de la surmonter.
Perpétuellement insatisfaits
Un enfant qui redouble, un plat longuement préparé qui se révèle médiocre, un permis de conduire raté ou une promotion qui nous est refusée… Tous les échecs sont des coups portés à notre confiance en nous. C’est pourquoi chacun s’en relèvera plus ou moins facilement selon la hauteur de son capital confiance. Les personnes qui en manquent cruellement auront tendance à culpabiliser au moindre écart par rapport à un monde qu’elles voudraient parfait.
C’est malheureusement un désarroi de plus en plus fréquent dans notre société qui exacerbe la compétition, exigeant une performance sans faille, 24 heures sur 24, dans tous les domaines. « Perpétuellement insatisfaits d’eux-mêmes, parce qu’ils placent la barre trop haut, ils vivent en outre dans un stress permanent. » Quand on ne s’autorise pas le moindre droit à l’erreur, toute action, en effet, devient un défi quasiment insurmontable.
Lorsque nous étions enfants, nous avons tous appris à marcher. Et lorsque nous avons appris, ce n’était pas du premier coup ! Combien de fois sommes-nous tombés avant de marcher ? Des dizaines, des centaines de fois et plus encore !
N’est-il pas venu à l’esprit de nos parents de nous dire pourquoi tu tombes ? Pourquoi n’arrives-tu pas à marcher du premier coup ? Ils savaient que tomber était normal avant de marcher ! Pourquoi donc, n’avons pas intégré ce processus dans tous nos apprentissages ? À l’école, à la maison, dans un groupe.
Pourquoi nous comportons-nous comme si nous devions être parfaits ? Comme si nous devions savoir du premier coup ? Combien ai-je entendu dire je suis nul(le) ? Sommes-nous donnés le droit de ne pas savoir du premier coup ?
Donnons-nous la permission à nos enfants, aux autres de se tromper, et d’avancer encore et encore afin qu’ils développent leurs potentiels talents ? Sommes-nous nés ingénieurs, médecins, bilingues ou je ne sais-je encore ?
Nous ne sommes pas nés en parlant, en marchant, en calculant, en écrivant. Nous avons appris. Pourquoi alors nous comportons-nous comme si nous devions tout savoir en quelques essais ? Pouvons-nous nous comporter comme quelqu’un qui n’a pas le droit à l’erreur ?
Avoir confiance en soi, c’est oser, persévérer et accepter les tentatives ratées, comme autant d’étapes intermédiaires vers la réussite. « L’échec, ce n’est pas de tomber, c’est de ne pas se relever », énonce un proverbe chinois.
On ne fait pas assez de compliments. Avec les enfants, comme plus tard dans le travail ou dans le couple, nous avons toujours tendance à considérer ce qui est bien comme normal et à n’ouvrir la bouche que pour critiquer. Être jugé par les autres quand on se trompe est catastrophique. Surtout lorsque c’est la personne qui est remise en cause (« Vous êtes nul(le) »), plutôt que ses actes (« C’est bien, mais il y a là trois erreurs que je voudrais que vous corrigiez »).
On risque de devenir nul à force d’entendre ça. Combien de petites voix trimbalons-nous encore, adulte, qui nous répètent que nous sommes des incapables. Dès leur plus jeune âge, les parents doivent répéter à leur enfant : « Il est normal que tu te trompes, puisque tu apprends. » Et souligner : « C’est bien que tu aies fait ton lit », même si c’est n’importe comment.
Il importe de toujours se relever
La notion d’erreur est perçue négativement. Si vous changez cette notion d’erreur par la notion de résultat, vous verrez l’effet positif que cela fait dans votre esprit, à l’image de l’inventeur de la lampe électrique Thomas Edison qui a essayé des milliers de fois avant d’atteindre le résultat attendu. S’il avait eu une attitude négative, comme du style « Je suis nul, je n’y arriverai jamais ! » ou « C’est trop difficile ! », pensez-vous réellement qu’il aurait réussi ? Il aurait essayé peut-être une fois, deux fois, trois fois, mais pas des milliers de fois. Il a réussi grâce à la confiance qu’il avait de lui. Il n’a pas abandonné !
Avez-vous cette attitude face à la difficulté ? Mettez-vous tous vos efforts pour réussir ? Permettez-vous le droit à l’erreur ou, plus précisément, le droit d’avoir des résultats différents ? Le droit d’apprendre encore et encore !
Cette attitude s’applique dans la vie de tous les jours. Dans tous les apprentissages. Nous apprenons tous ! Nous apprenons à marcher, à manger, à parler, à vivre dans un groupe, à se faire des ami(es). Nous apprenons à lire et à étudier. Nous apprenons un métier. Nous apprenons à faire face à l’adversité. Nous apprenons à nous affirmer. Nous apprenons aussi à vivre en couple. Nous apprenons plus tard à être des parents…
Tous ces apprentissages font partie de notre vie, si nous nous donnons bien entendu des droits comme le droit d’être curieux, d’être imparfait mais perfectible, le droit d’être soi-même… Le droit aussi de ne pas savoir, celui de poser des questions et de donner une réponse différente des autres. Le droit de tomber, le droit de se relever et d’avancer !
Il importe de ne jamais rester au sol pour ne pas sombrer dans le désespoir, dans la négativité. De toujours se relever et avoir l’espoir que, demain, nous aurons de meilleurs résultats, à l’image de l’enfant qui tombe et se relève sans jamais se demande pourquoi il tombe. Il a compris que, pour marcher, il devait tomber, et faire et refaire jusqu’à maîtriser la marche. Soyons à l’image de cet enfant qui est ouvert à la vie, qui s’émerveille à chaque fois qu’il apprend, sans jamais désespérer !
Pierre E. GEDEON,
Psychologue-Psychothérapeute
©️ Février 2023

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