Résilience : l'événement traumatique nous rend plus fort(e).
«La résilience, c’est l’art de naviguer dans les torrents.»
_Boris Cyrulnik
La résilience est la capacité à faire face à une situation adverse et à sortir renforcé(e) de cette désagréable situation. C’est la base pour utiliser les problèmes comme des apprentissages qui peuvent nous aider à nous améliorer. La résilience est mise à l’épreuve dans des situations prolongées de stress ou de souffrance, comme la perte inattendue de l’être aimé, le fait de survivre à une catastrophe naturelle, les mauvais traitements dans l’enfance.
À l’opposé du continuum du concept de résilience, on peut situer le développement d’un trouble de stress post-traumatique. Pendant un épisode traumatique, chaque individu a différentes manières d’affronter ce qu’il se passe. De plus, on peut évaluer différemment le même fait.
Les besoins sont ce que toute personne ressent et doit combler dans le but de grandir, de se développer et de vivre une vie saine et satisfaisante. Nous avons tous des besoins physiologiques (être nourri, protégé, soigné, avoir un toit, etc.) et des besoins psychosociaux (être aimé, soutenu, accompagné, intégré, éduqué, rassuré, appartenir à un groupe, trouver du sens à la vie, etc.); les uns et les autres s’influencent mutuellement. La résilience trouve sa source en particulier dans le domaine des besoins psychosociaux qui sont directement liés aux ressources et facteurs protecteurs. Lorsque les besoins des enfants sont satisfaits, ils deviennent des ressources qui permettent à l’enfant de dépasser les moments difficiles qu’il a eu ou aura à traverser.
Le terme résilience vient tout droit du domaine de la physique et se réfère à la capacité d’un métal à se rétablir, à maintenir sa structure de base après un choc. Dans le domaine de la psychologie, la résilience désigne la capacité à récupérer et à s’adapter suite à un choc ou une perturbation. «Le concept de résilience est fondé sur l'observation selon laquelle dans des circonstances défavorables certaines personnes font face et se développent relativement bien alors que d'autres n’y parviennent pas. Le terme de résilience décrit les caractéristiques de ceux qui s’adaptent relativement bien. Il est important de souligner que la résilience ne renvoie pas seulement à des qualités personnelles mais aussi à la manière dont ces qualités interagissent avec des facteurs externes au sein de la famille et de l’environnement plus large. Une personne résiliente utilise toutes les ressources à sa disposition, tant au niveau psychologique (caractéristiques personnelles) qu’environnemental (famille, société). La recherche montre que les jeunes enfants sont souvent plus résilients que les enfants plus âgés. »
La capacité de résilience dépend d’une bonne estime de soi qui prend ses racines dans l’attachement à une base de sécurité, à savoir une personne qui donne un sentiment de protection et de réconfort au tout petit enfant, ou encore l’attachement émotionnel à un objectif ou projet. Elle se renforce tout au long de l’existence grâce aux ressources internes et externes de la personne et aux facteurs protecteurs présents. Ces ressources proviennent des relations (capacité à créer des liens) qu’une personne entretient avec son environnement proche et moins proche, des activités qu’elle mène au quotidien (sentiment de compétence), et du sens donné à l’existence (en lien avec la culture familiale, communautaire, religieuse, ainsi que les valeurs qu’elle transmet).
La résilience émotionnelle engloberait les traits de la personnalité ainsi que les mécanismes cognitifs développés par un individu qui lui confèrent protection face aux situations adverses, empêchant le développement d’un trouble mental.
La résilience d’un point de vue neurobiologique
Le cerveau est le centre du système biologique responsable de la résilience et régule les mécanismes neurobiologiques, psychologiques et cognitifs de l’individu, liés à la réponse du stress. Le fonctionnement du cerveau est dynamique et peut modifier sa structure en fonction des besoins perçus grâce à la neuroplasticité.
La récupération de la neurogenèse dans le gyrus dentelé et le remodelage dendritique hippocampique constitue les principaux changements structurels liés à la résilience et qui peuvent être altérés pendant le stress prolongé. Les facteurs qui font que chaque individu réagit différemment à une même stimulation potentiellement stressante ont une nature différente : génétiques, circonstanciels, relationnels etc.
Chez les individus résilients, les variables constitutionnelles, biologiques et génétiques interagissent avec les variables environnementales et les comportements appris pour résoudre des situations adverses déterminées. Elles le font dans le but d’éviter ou de prévenir des situations adverses. Ainsi, on ne peut pas parler d’une seule variable qui ferait d’un sujet une personne résiliente.
Facteurs influents
Il existe de nombreux facteurs qui influent sur la résilience et dans la manière d’affronter les situations adverses. Par exemple, il a été observé que les situations de grand soin maternel dans l’enfance la favorise. Les personnes qui ont reçu cette attention sont plus résistantes au stress, et ont besoin d’événements hautement stressants pour que l’organisme déclenche la même réponse que chez un autre individu.
Le stress est un mécanisme physiologique nécessaire pour que notre organisme se mette en marche, pour réaliser des activités ou pour répondre à des stimulations extérieures menaçantes ou dangereuses. Mais le stress chronique peut favoriser les changements nocifs dans le cerveau, lorsqu’il y a de plus gros niveaux d’hormones du stress (cortisone et adrénaline).
L’apprentissage pendant l’enfance est un autre facteur qui peut influencer. Le développement de stratégies d’affrontement aux problèmes dès un âge précoce peut aussi favoriser le développement de la résilience.
L’adversité comme apprentissage
La résilience permet de dévier les traumatismes ou les problèmes qui, chez d’autres personnes, peuvent favoriser le développement de maladies ou de difficultés graves. Elle est aussi caractérisée par le fait de donner un renfort qui émane de la propre expérience négative. Accepter ce que l’on a vécu et l’utiliser pour aller de l’avant, en faire une expérience significative que l’on oublie pas, que l’on transforme.
Vivre une expérience traumatisante aura toujours un impact sur notre vie, et une implication négative puisque elle générera beaucoup de stress. Il s’agit de transformer cette douleur en force pour aller de l’avant et avoir une vie comblée. Beaucoup de victimes de catastrophes ou d’expériences similaires utilisent leur expérience pour aider les personnes qui vivent dans la même situation.
Accepter que nous ne pouvons pas changer ce qui s’est passé et que nous n’aurons pas toujours le contrôle sur ce qui nous arrive sont des stratégies qui peuvent aider à surmonter les différentes difficultés qui se présentent. Ne pas avoir peur de demander de l’aide aux personnes les plus proches ou qui ont vécu la même chose, et faire confiance en nos capacités peuvent être des stratégies très efficaces. Utilisez-les !
Référence :
BOWLBY,John (1988). A Secure Base: Clinical Applications of Attachment Therapy, 70 p.
Pierre E. GEDEON,
Psychologue,
Certifié en Développement des Compétences relationnelles et en Psychothérapie.
©️ Juin 2022.

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