Abus sexuels sur enfants : briser le silence.
Le scandale de l'abus sexuel sur les enfants est désormais sur la place publique. Sachant que le risque d'abus existe partout où il y a des enfants et premièrement dans la famille, l'enjeu de la lutte est immense.
On parle d’abus sexuel chez l’enfant lorsqu'un enfant est impliqué dans des activités sexuelles qu'il ne comprend pas complètement, qu'il ne souhaite pas ou pour lesquelles il n’est pas d’accord (il ne consent pas). La législation Haïtienne considère les relations sexuelles avec des personnes de moins de 18 ans comme des abus sexuels. En dessous de cet âge, un enfant est considéré comme incapable de donner son consentement pour des activités sexuelles.
Les enfants peuvent être agressés sexuellement par des adultes, mais aussi par d’autres enfants qui, vu leur âge ou leur stade de développement, sont en position de pouvoir ou de confiance par rapport à la victime.
La loi distingue deux formes d'abus sexuel : le viol et l'attentat à la pudeur. En cas de viol, il y a toujours pénétration avec le pénis, le doigt ou tout autre objet. Cela peut être vaginal, anal ou oral. En cas d'attentat à la pudeur, il y a des actes sexuels non désirés mais il n'y a pas de pénétration, par exemple, le harcèlement sexuel, des contacts non désirés dans des endroits intimes, montrer des organes génitaux ou des rapports sexuels à l’enfant. Le visionnage de porno ou la réalisation de photos ou de vidéos à connotation sexuelle sont aussi une forme d’abus sexuel.
Les enfants victimes d'abus sexuels sont souvent aussi victimes d'une autre forme de violence. Par exemple, l'auteur peut utiliser un chantage émotionnel ou recourir à la violence physique pour faire taire l'enfant.
Quelle est sa fréquence ?
La maltraitance infantile est bien plus fréquente que ce que l’on pourrait penser. Le chiffre des abus sexuels chez les enfants est très variable selon les pays. Cela tient à la culture, mais la définition de l'abus sexuel chez l’enfant varie aussi d’un pays à l’autre. Dans "Mystic River", un enfant est séquestré par deux adultes qui abusent de lui. De tels sévices sont la triste réalité. Chaque année des millions d'enfants sont victimes de tels traitements.
Il n'existe pas de description précise du criminel qui permettrait de le reconnaitre. Ces gens mènent une vie en apparence normale et ils passent une bonne partie de leur temps à gagner la sympathie et la confiance des plus petits.
Les spécialistes discernent deux types de violeurs: celui qui n'a pas de relations sexuelles avec des personnes de son âge, car il est mal à l'aise avec les adultes. Il se voit tel un enfant et se sent à égalité avec eux. Certains travaillent en volontaires pour des œuvres qui s'occupent d'enfants.
L'autre type est la personne qui cohabite ou est marié, mais vit en conflit constant. Il trouve le réconfort physique et affectif avec un enfant; il est souvent alcoolique, ou il prend des drogues pour surmonter ses inhibitions et son sentiment de culpabilité.
Comment le reconnaître ?
L'abus sexuel n'est pas toujours facile à reconnaître. Certains enfants font de leur mieux pour agir normalement et cacher l’abus, par peur ou par honte. Vous pouvez suspecter des abus sexuels si :
• l'enfant raconte lui-même un abus sexuel ;
• l'enfant présente des signes physiques ;
• le comportement de l’enfant a changé ;
• un examen médical montre des lésions pour lesquelles il n’y a pas de bonnes explications ;
• des activités pédophiles sont découvertes dans l'environnement, et l'enfant pourrait être une victime.
Les enfants qui subissent des abus sexuels se comportent souvent différemment des autres enfants de leur âge. Ils peuvent avoir un comportement sexuel adulte, tel que s'habiller de manière séduisante ou se comporter de manière provocante. On peut aussi souvent observer une connaissance de la sexualité qui ne correspond pas à l'âge. De nombreux enfants victimes d’abus sexuel sont de plus en plus solitaires et anxieux et évitent les contacts physiques. Certains deviennent agressifs et frappent dans le vide parce qu’ils n’ont personne à qui faire part de leur problème. Les enfants plus jeunes retrouvent parfois des comportements antérieurs : ils recommencent à sucer leur pouce ou à faire pipi au lit. Les troubles du sommeil et les cauchemars sont également un problème fréquent. Les enfants plus âgés peuvent développer des troubles de l'alimentation ou présenter des comportements à risque, tels que la consommation d'alcool ou de drogues. Ils ont peur que ça recommence, peur de se retrouver seuls, peur de ne plus être aimés, peur de ce qui peut se passer s’ils parlent. Les enfants n’ont pas la même vision du monde qu’un adulte. Ils ont besoin des autres pour se construire. Même si ces derniers représentent un danger pour eux, ils auront du mal à s’en détacher car ils pensent probablement au fond d’eux qu’ils ne peuvent survivre tout seuls.
L'abus sexuel peut conduire à des sentiments dépressifs et à la dépression chez de nombreux enfants au fil du temps. Des idées noires et des tentatives de suicide peuvent se produire.
En plus des changements de comportement de l'enfant, il existe des signes physiques qui font penser à un abus sexuel :
• des bleus (ecchymoses), des éraflures ou des blessures dans des endroits inhabituels (à l'intérieur des cuisses par exemple) ;
• l'enfant a mal aux organes génitaux ;
• des blessures, des ecchymoses ou un écoulement étrange au niveau des organes génitaux.
Si vous soupçonnez qu'un enfant est victime d'abus sexuel, essayez d'en discuter. Essayez de parler à l'enfant vous-même, mais sans exercer de pression. Certains enfants n'osent rien dire par peur ou parce qu'ils ne font plus confiance aux adultes. Montrez votre préoccupation. Cela peut être une première occasion de faire savoir que quelque chose ne va pas. Si un enfant vous avoue qu'il est victime d'abus sexuel, ne promettez pas de garder ce secret. L'enfant aurait encore moins confiance dans les adultes. Une bonne prise en charge de l’abus d’enfant nécessite une concertation avec d’autres.
Le premier pas pour se reconstruire est de parler de l’abus subi. Il est clair que «être victime d’agression sexuelle est un traumatisme qui n’a souvent pas pu se dire pendant de nombreuses années. Le moment où les souvenirs des agressions subies remontent est un moment très difficile, douloureux pour la victime, avec des sentiments de tristesse, honte, culpabilité, colère qui refont surface».
Il est donc impératif de réaliser un travail thérapeutique. Un enfant victime doit bénéficier d’un accompagnement thérapeutique et surtout être protégé de la personne qui l’a agressé, pour que cet accompagnement soit efficace. Pour l’adulte victime, si elle-même n’entreprend pas la démarche de suivre une thérapie, il est possible qu’une personne dans son entourage lui suggère, voire l’accompagne.
Image positive de soi
Le thérapeute permettra à la victime de parler de l’abus subi sans craindre d’être jugée ou de choquer.
Le travail thérapeutique permet à la victime de se reconstruire, et de reléguer au passé les agressions sexuelles subies. Elle se reconnecte avec elle-même grâce à ce travail consistant principalement à mettre en mots ce qu’elle a subi. Cela permet de restituer la responsabilité à l’agresseur, de travailler sur ces sentiments de culpabilité et de honte qui perdurent longtemps après l’agression. De reconstruire une image positive de soi positive.
Ce travail thérapeutique est souvent très douloureux pour la victime, mais il est indispensable. Quant au temps qu’il faut pour se reconstruire, il varie. «Il est difficile de prédire la durée d’une thérapie d’une victime d’abus sexuels. Plusieurs facteurs rentrent en compte dans la durée d’une thérapie comme : l’âge de la victime au moment de l’abus, la durée de l’abus, le rapport que la victime entretient (ou entretenait) avec l’abuseur, la personnalité de ce dernier, le soutien familial et social dont elle dispose (…), ainsi que sa propre capacité de résilience personnelle».
En fait, l’accompagnement thérapeutique doit durer le temps que la personne demande de l’aide. Si elle se sent mieux et souhaite interrompre la thérapie, elle doit se sentir libre de le faire. Quitte à reprendre par la suite.
Porter plainte est une part importante du travail de reconstruction par la victime et sa famille.. Dans le cas d’abus sur mineur, un professionnel en psychologie est tenu de signaler aux adultes concernés qu’un abus a eu lieu (ou est suspecté), afin que des démarches légales soient faites pour protéger l’enfant.
Le chemin de la reconstruction est long et ne peut être parcouru seul. L'abus sexuel chez l’enfant est un crime grave qui doit être pris en charge avec l'expertise nécessaire. C’est la raison pour laquelle on demande souvent l’aide d’un spécialiste, par exemple un pédiatre, un psychologue ou un psychiatre, ...
L'abus sexuel peut avoir un impact important sur l’enfant. « J’ai été victime d’abus sexuel depuis en classe de deuxième AF par un monsieur dont ma famille avait loué une chambre et qui me donnait des leçons chaque après-midi. Et ce monsieur était un infirmier. Malgré j’ai essayé de dire ça à mes parents, ils ne m’ont jamais cru, dit-il. Un jour, ne pouvant plus vivre cet enfer, fondu en larmes pendant que je tentais de raconter encore une fois mon calvaire à mon papa, c’était déjà trop tard, le monsieur s’était enfui. »
Dans le domaine des abus sexuels, la prévention revêt une importance capitale. On ne peut malheureusement pas identifier tous les prédateurs sexuels qui nous entourent. La plupart sont indétectables puisqu’en apparence, ils sont comme tout le monde. Gardez le plus possible un œil sur vos enfants. Communiquez avec eux et encouragez les à se confier en faisant preuve de disponibilité , d’écoute et d’empathie.
Les abus concernent autant les femmes que les hommes. Certaines personnes réussissent avec le temps et l’amour d’un partenaire, à surmonter cette épreuve. D’autres par contre, subissent les effets de leur traumatisme une fois devenus adultes.
Quoi qu’il en soit, abuser sexuellement d’un enfant , c’est lui voler son innocence. Il ne sera plus jamais pareil.
Accompagnement thérapeutique, groupes de parole, plaintes font partie des outils qui permettent de se reconstruire. Mais pour cela, il faut briser le silence.
Référence :
JOULAIN, Stéphane (2018). Combattre l'abus sexuel des enfants: Qui abuse ? Pourquoi ? Comment soigner ?, Desclée De Brouwer, 304 p.
Pierre E. GEDEON,
Psychologue,
Certifié en Développement des Compétences relationnelles et en Psychothérapie.
©️ Mai 2022.

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