Drogue par inhalation chez les jeunes : une euphorie rapide.

Rarement considérés comme des drogues puisqu'ils ne sont pas fabriqués à cette fin, les inhalants sont utilisés, comme telles, pour provoquer un effet d’euphorie et d’allégresse, une sensation d'engourdissement, d'apesanteurs et une dissociation, totale ou partielle, de l'environnement.

Un sachet à la main, les adeptes des inhalants introduisent la bouche et le nez dans la bourse remplie de colle ou de solvant et inspirent profondément jusqu’à l’extase… Très nocifs et dévastateurs, la colle forte et les solvants ont de graves séquelles sur le système nerveux.

En effet, l’usage abusif et prolongé des drogues à inhaler provoque une détérioration de l’organisme humain, mis à part les troubles psychiques. De la confusion mentale, la paranoïa, les hallucinations, les maux de tête à la dépression, en passant par les dommages cérébraux, la défaillance cardiaque, le dysfonctionnement rénal et la paralysie, voilà en quoi se résument les conséquences d’une addiction aux 'drogues à inhaler'.  

Ces enfants drogués, qu’on croise de temps à autre, ne sont pas des cas isolés.

Respirer, « Sniffer » des solvants fait partie des "nouvelles toxicomanies" qui touchent surtout les enfants et les adolescents. Au risque de souffrir d'une atteinte neurologique grave et de mourir ...

 Les solvants volatils sont souvent la première substance psychotrope que découvrent les enfants et les adolescents, car ils sont simples d’accès, peu coûteux et faciles à dissimuler.

Le phénomène de la “dépendance aux solvants organiques chez l’enfant et l’adolescent” serait si répandu dans la ville des Cayes que j’ai décidé de de lui consacrer, au cours du mois de   Mars  2022, une enquête auprès d’un échantillon de 25 jeunes de rue entre 11 et 23 ans évoluant au boulevard des quatre chemins,  à  côté  d’une  pompe à essence, pas trop  loin d’un  poste de police, tous soupçonnés de pratiquer l’inhalation de colle solvante.  Cette pratique classée de l’ordre  de l’innommable  s’en est même devenue “un problème de santé publique” :

Les résultats de cette enquête ne laissent aucun doute quant à l’impact sur la santé des jeunes. […] Il a été prouvé que les produits inhalés contiennent des composés pouvant causer la dépression du système nerveux central et le dysfonctionnement cardiaque.

Cette pratique prend de l’essor surtout après  le séisme du 14 août 2021.

Cette enquête nous livre une image détaillée des effets de l’inhalation sur les adolescents :

L’intoxication continue aux substances inhalées entraîne des échecs scolaires, de la délinquance et un comportement asocial. […] Une conséquence de l’abus chronique, prend la forme de dommages au système nerveux central provoquant de la démence et une dysfonction cérébelleuse. En général, on remarque une perte des fonctions cognitives et des autres fonctions supérieures, des troubles locomoteurs et une perte de coordination. […] Ainsi, étant donné que le cerveau est un organe riche en lipides, l’abus chronique de solvants dissout les cellules cérébrales.

En effet très peu d’études à grande échelles faites sur le sujet au niveau du pays malgré  une prolifération des cas même au sein des structures éducatives du Sud. Toutefois les études faites dans d’autres pays du monde ont toutes montré une corrélation entre dépendance et milieu socio-familial pour ces enfants et adolescents. comme l’a démontré l’étude citée plus haut :

l’utilisation chronique tend à être endémique dans les quartiers urbains défavorisés et dans les régions éloignées, où l’on trouve aussi du chômage, de la pauvreté, de l’abus d’intoxicants et de la dysfonction familiale. […] Les enfants de familles dysfonctionnelles, qui ont intégré la violence et l’abus d’intoxicants dans leur vie quotidienne, sont plus susceptibles de se lancer dans une expérimentation des drogues qui finit par se dégrader en un abus chronique.

Derrière ce drame humain de ces enfants accro à la colle, glisse donc en toile de fond, la pauvreté et la misère sociale. 

Incapables de se procurer du cannabis ou autres stupéfiants, plusieurs personnes, les enfants de la rue notamment, préfèrent planer dans un univers nébuleux en inhalant de la colle ou des solvants d'hydrocarbures volatils… 

  « J’ai commencé à me droguer à huit ans, avec de la colle, puis du diluant. Mais j’ai arrêté il y a un mois. » Quand je lui demande pourquoi, il mime un essoufflement : « J’ai des maux de tête, mal au thorax et à la gorge, je suis essoufflé parfois. » Les solvants, comme la colle ou l’acétone, attaquent directement les cellules du cerveau et causent des dégâts irréversibles dans les voies respiratoires : bouche, larynx, poumons.

En marchant, le jeune garçon explique toutes les combines utilisées par les jeunes pour mieux se défoncer : « On achète les solvants, la bouteille d’un litre coûte entre 75 et 100 gourdes. » Eloné nous guide au cœur de l’espace abandonné. Dans un petit coin dérobé, nous tombons sur un amas de déchets. Des restes de semelles de chaussures, des boîtes vides, des bidons de diluant éventrés.

« On prend les restes de bouteilles ici, on met un mouchoir dedans et on sniffe », explique le garçon, avec une innocence déconcertante. D’autres déposent un peu de colle ou de diluant dans un sachet plastique, le mettent autour de la bouche et aspirent jusqu’à ce que le solvant jusqu’à la dernière bouffée . « Il y a aussi les casse-croûte cirage : on tartine du cirage à chaussures sur du pain et on le mange. Ca leur fait tourner la tête. Mais moi je ne peux pas, ça me fait vomir », raconte-t-il en riant.

Les substances inhalées sont une catégorie de vapeurs chimiques ou de gaz qui produisent un «high» .

Que sont les substances inhalées?

L’expression désigne les émanations gazeuses et gaz chimiques dont l’inhalation procure une sensation d’euphorie (un « high »). La majorité de ces substances, dont la colle, l’essence, les solvants de nettoyage et les aérosols, sont des produits d’usage courant, non destinés à la consommation humaine. Les substances inhalées sont peu coûteuses et on peut facilement s’en procurer en toute légalité. Elles se prêtent facilement au détournement – un phénomène qui touche surtout les enfants et les adolescents.

Il existe des centaines de substances inhalées, qu’on peut répartir sommairement en quatre catégories :

Les solvants volatils : ce sont les substances qui font le plus souvent l’objet de détournement. Les solvants sont des substances qui ont la propriété d’en dissoudre d’autres, et une substance volatile est une substance qui s’évapore quand elle est exposée à l’air. Parmi les solvants volatils, on peut citer le benzène, le toluène, le xylène, l’acétone, le naphtalène et l’hexane. L’essence, les solvants de nettoyage, les diluants à peinture, les colles à maquettes, les liquides correcteurs et les marqueurs à pointe feutre contiennent tous des mélanges de divers solvants. À cette catégorie appartiennent également le chloroforme et l’éther.

Les aérosols : les laques à cheveux, la peinture en bombe, les antiadhésifs de cuisine à vaporiser et autres aérosols contiennent tous du gaz pressurisé, parfois liquéfié, par exemple butane ou CFC (chloro-fluorocarbures, pratiquement éliminés depuis 2009). Certains aérosols contiennent aussi des solvants.

Autres gaz et liquides volatils : cette catégorie comprend certains anesthésiques médicaux, tels l’oxyde nitreux (ou « gaz hilarant »), le chloroforme, l’halothane et l’éther, ainsi que certains gaz présents dans des produits du commerce, tels que les briquets au butane et les bouteilles de propane.

Les nitrites : le nitrite de pentyle, le nitrite de butyle et le nitrite de cyclohexyle (connus sous le nom de « poppers ») ont des effets différents des autres substances inhalées et on ne peut pas se les procurer de la même manière.

Quelle est la provenance des substances inhalées?

De nombreux produits en vente libre se prêtent à l’usage récréatif par inhalation et il est difficile de réglementer leur emploi, car ils sont omniprésents dans les foyers et les lieux de travail. Certains fabricants essaient d’altérer leurs produits pour décourager les gens de les inhaler, mais cela n’a pas vraiment d’effet dissuasif. 

Les méthodes d’inhalation de solvants volatils les plus courantes sont les suivantes :

Sniffing (ou reniflage) : inhalation d’un solvant par le nez ou la bouche directement depuis son récipient. À l’occasion, le produit est chauffé afin d’augmenter son taux d’évaporation, méthode très dangereuse vu la grande inflammabilité de la plupart des solvants. 

Huffing (ou inhalation forcée) : inhalation d’un tissu, par exemple une manche ou une chaussette, imbibé de solvant en s’en couvrant le nez et la bouche, voire en se l’insérant directement dans la bouche. 

Bagging (ou inhalation avec sac) : inhalation des vapeurs concentrées d’un solvant versé dans un sac placé autour de la bouche et du nez ou directement sur la tête. 

 Il est également possible d’inhaler des vapeurs dans de petits espaces clos comme un placard, une salle de bain ou un véhicule. On rapporte même que certains utilisateurs imbibent de solvant un matelas ou une couverture avant de s’y enrouler.  Les propulseurs en aérosol sont généralement vaporisés directement dans la bouche, ou encore dans un ballon ou un sac depuis lequel ils sont inhalés. 

 Il existe de rares cas où le solvant est bu ou injecté, notamment des produits comme la laque à cheveux qui peuvent contenir de l’alcool ou d’autres agents intoxicants.


La plupart des gens ne considèrent pas comme des drogues dangereuses les solvants et aérosols qui se trouvent sur les tablettes des magasins, dans les placards de cuisine et dans les ateliers.

Les solvants qui sont utilisés comme des drogues peuvent être inhalés à même le contenant ou versés sur un chiffon ou dans un sac qu’on s’applique sur le visage. On peut aussi vaporiser le contenu d’une bombe aérosol dans un sac ou un ballon avant d’en inhaler les vapeurs. En français, le verbe « sniffer » recouvre toutes ces techniques.

L’oxyde nitreux et les autres gaz à usage médical (gaz anesthésiques) sont stockés sous pression dans des bouteilles métalliques. On trouve aussi de l’oxyde nitreux dans les bombes aérosols de crème fouettée. L’oxyde nitreux sous pression étant très froid à sa sortie de la bouteille, il est souvent vaporisé dans un ballon avant d’être inhalé.

Les nitrites sont des liquides transparents, de couleur jaunâtre, qui s’inhalent à même la bouteille ou à partir d’un chiffon imbibé.

Qui consomme ce produit?

C’est chez les jeunes de 10 à 16 ans que l’inhalation de solvants et d’aérosols est la plus répandue. Beaucoup de jeunes ne sniffent qu’une ou deux fois ou une fois de temps à autre, mais d’autres le font souvent et continuent parfois cette pratique à l’âge adulte. La plupart des personnes qui font un usage chronique de solvants ont une vingtaine d’années. L’inhalation de solvants est liée à la pauvreté, aux difficultés scolaires, au manque de perspectives, aux difficultés familiales et à une importante consommation de drogues dans le milieu familial.

L’oxyde nitreux est un stupéfiant auquel ont accès de nombreux travailleurs de la santé.

La consommation de nitrites est particulièrement répandue chez les hommes homosexuels.

Quels sont les effets des substances inhalées?

Les effets des substances inhalées, comme ceux des autres drogues, dépendent de plusieurs facteurs, parmi lesquels :

l’âge de la personne;

la sensibilité de la personne à ces drogues;

la quantité absorbée;

la durée d’utilisation et la fréquence de consommation;

la méthode d’absorption;

le milieu ambiant;

les antécédents médicaux ou psychiatriques;

la prise simultanée d’alcool ou d’autres drogues (illégales, sur ordonnance, en vente libre ou à base de plantes).


Toutes les substances inhalées sont absorbées par les poumons et sont rapidement acheminés au cerveau par le sang, ce qui produit une intoxication immédiate et de courte durée. Les effets ressentis diffèrent selon le type de substance inhalée.

Lorsqu’ils sont inhalés, les solvants produisent généralement un effet semblable à celui de l’alcool, mais avec une distorsion plus marquée de la perception des formes, dimensions et couleurs, et une distorsion du temps et de l’espace, entre autres. Les personnes qui en prennent pour la première fois peuvent ressentir une certaine griserie, puis être prises de somnolence et s’assoupir. Celles qui en prennent souvent peuvent éprouver un sentiment d’euphorie et d’exaltation et connaître des hallucinations. Certaines personnes perdent leurs inhibitions, deviennent plus extraverties et plus sûres d’elles-mêmes. Vertiges, nausées, vomissements, vision brouillée, éternuements et toux, démarche chancelante, perte de réflexes et sensibilité extrême à la lumière sont les symptômes physiques généralement associés à l’inhalation de nitrites.

L’oxyde nitreux produit un état de rêverie, une perte de coordination motrice, des hallucinations et une élévation du seuil de la douleur.

Les nitrites accélèrent les battements du cœur, ce qui entraîne un afflux de sang au cerveau et procure une sensation de « rush ». Certains hommes emploient des nitrites pendant l’acte sexuel, car ces drogues provoquent le relâchement des muscles et la dilatation des vaisseaux sanguins, ce qui favorise la circulation sanguine. L’inhalation de nitrites peut s’accompagner de maux de tête, d’étourdissements, de nausées et de bouffées de chaleur.

Combien de temps dure la sensation?

Plusieurs bouffées de solvant produisent un « high » en quelques minutes, mais cet état ne se prolonge pas au-delà de 45 minutes. Pour faire durer les effets pendant plusieurs heures, il faut sniffer de façon répétée – ce que font certaines personnes. À mesure que les effets se dissipent, la somnolence s’installe, ainsi qu’une sensation de « gueule de bois » accompagnée de maux de tête dont l’intensité varie et qui peuvent persister plusieurs jours.

Les effets de l’oxyde nitreux et des nitrites sont immédiats et se dissipent en quelques minutes.

Comment classe-t-on les utilisateurs de solvants volatils? 

On en retrouve trois catégories générales : 

Utilisateurs à des fins expérimentales : jeunes qui font l’essai de solvants à une ou deux reprises ou ne les consomment que de façon intermittente afin de satisfaire leur curiosité ou de suivre la mode, ou encore à cause de la pression des amis. 

Utilisateurs à des fins récréatives : utilisateurs occasionnels de solvants (par exemple lors de fêtes de fins de semaine, généralement en groupe) qui recourent aux solvants parce qu’ils n’ont pas accès à des drogues plus élaborées. 

Utilisateurs habituels : jeunes qui abusent couramment de solvants. Ils continuent cet usage parce qu’ils en trouvent les effets agréables, mais aussi parce qu’il s’agit souvent d’une façon de composer avec des situations difficiles.

Cette substance crée-t-elle une dépendance?

Au fur et à mesure que son corps s’adapte à la consommation répétée ou prolongée de solvants volatils, un jeune pourrait devoir en inhaler davantage et de plus en plus souvent pour en tirer les effets désirés. 

Les personnes qui abusent de solvants risquent de développer une dépendance psychologique, c’est-à-dire une envie ou un besoin compulsif de poursuivre la consommation, ou une dépendance physique, lorsque leur corps s’adaptera à la présence des solvants. 

Les symptômes de sevrage post-ASV sont généralement ressentis dans les 24 heures qui suivent la fin de la consommation, mais peuvent prendre plus de temps à se manifester. D’autres travaux de recherches sont nécessaires à ce sujet.

Voici quelques-uns des symptômes de sevrage les plus communs : 

ƒ maux de tête 

ƒ irritabilité 

ƒ léthargie 

ƒ nausées 

ƒ ralentissement psychomoteur 

ƒ troubles du sommeil 

ƒ troubles de l’attention

Parmi les symptômes de sevrage les plus graves, qui affectent surtout les abuseurs chroniques, mentionnons le delirium tremens (confusion, hallucinations et hyperactivité grave du système nerveux) et les crampes musculaires. La plupart des gens ne sniffent qu’une fois, pour l’expérience, ou seulement à l’occasion ; mais les personnes qui sniffent régulièrement peuvent développer une accoutumance, ce qui signifie qu’elles doivent inhaler davantage de substance pour obtenir le même effet. Un usage régulier entraîne aussi un besoin constant du « high » que procure la substance, de sorte qu’il devient difficile de s’arrêter. Chez les personnes qui sniffent régulièrement, le sevrage peut s’accompagner des symptômes suivants : nausées, perte d’appétit, tremblements, angoisse, dépression et paranoïa.

Est-ce qu’il y a des dangers liés à l’utilisation?

Chez les jeunes, les effets sociaux de l’ASV (Abus des Solvants Volatils) sont semblables à ceux associés à d’autres substances et comprennent notamment de mauvais résultats scolaires, des problèmes émotifs (sautes d’humeur, dépression, faible estime de soi, etc.) et des comportements problématiques (délinquance et criminalité, entre autres).

Les conséquences physiques de l’ASV dépendent à la fois de la substance et de la personne en cause, ce qui comprend le type de produit inhalé, la quantité et le mode d’inhalation, l’état de santé de l’utilisateur, ses attentes et la consommation d’autres substances. 

Les conséquences physiques de l’ASV sont hautement imprévisibles et potentiellement mortelles, même lors d’une première consommation. Parmi les effets immédiats les plus dangereux de l’ASV, mentionnons les suivants. 

Insuffisance cardiaque soudaine : aussi appelée mort subite du renifleur, il s’agit d’une des causes les plus courantes de décès impliquant des solvants. Elle se produit lorsqu’une montée d’adrénaline due à un effort physique de la personne intoxiquée (p. ex. en cas de frayeur ou de course) entraîne l’arythmie puis l’arrêt cardiaque. 

Comportements suicidaires ou téméraires : un jugement affaibli et un sentiment d’invincibilité peuvent entraîner des comportements agressifs, voire dangereux, envers soi et les autres. 

Asphyxie/suffocation : l’asphyxie est plus fréquente lorsqu’un sac de plastique est utilisé pour inhaler et empêche l’air d’atteindre le nez ou la bouche de l’utilisateur. 

Surdose : le mélange de solvants et d’autres substances neurodépressives comme l’alcool, les somnifères et les calmants augmente les risques de surdose. 

Engelures et brûlures : les propriétés réfrigérantes de nombreux solvants peuvent causer des engelures légères aux lèvres et à la langue ou même un gel fatal des voies respiratoires. Les brûlures constituent elles aussi un risque, car les vapeurs des solvants sont souvent inflammables. 

Les effets physiques aigus ou à court terme suivants se produisent pendant l’inhalation de solvants — même la première fois — ou dès la fin de l’état euphorique et de l’intoxication. Ils s’estompent généralement après quelques heures.

Les conséquences physiques à long terme ou chroniques ci-dessous sont associées à un abus prolongé de solvants volatils.

Quels sont les effets à long terme de l’utilisation de cette substance?

Les personnes qui font un usage prolongé de substances inhalées peuvent présenter les signes suivants : yeux injectés de sang, lésions de la bouche et des fosses nasales, saignements de nez et pâleur de la peau; elles peuvent également éprouver une soif excessive et connaître une perte de poids. Ces personnes peuvent aussi connaître des troubles de la concentration et de la mémoire et éprouver de la difficulté à penser clairement. La fatigue, la dépression, l’irritabilité, l’hostilité et la paranoïa sont d’autres effets possibles. Les effets à long terme varient selon les substances inhalées. Une forte consommation de solvant peut entraîner un engourdissement, de la faiblesse, des tremblements et une perte de coordination des mouvements des bras et des jambes.

Certains effets à long terme peuvent être inversés quand on arrête de sniffer, tandis que d’autres sont permanents. Lorsqu’ils sont inhalés, les solvants passent directement dans le sang, qui les stocke dans les graisses. Or, certains organes vitaux sont très irrigués en sang et riches en lipides. Parmi eux, le cerveau, le foie et les reins sont particulièrement vulnérables. Quand on cesse de sniffer, il se peut que l’organisme répare les dommages causés au foie et aux reins, mais le cerveau est presque toujours endommagé de façon irréversible. Des études utilisant l’imagerie cérébrale montrent qu’un usage chronique et prolongé de solvants peut entraîner une atrophie du cerveau, c’est-à-dire une diminution de son volume, se traduisant par une détérioration importante des facultés intellectuelles, de la mémoire et du contrôle des mouvements. En outre, on a également montré que l’usage prolongé de solvants comme le toluène ou le naphtalène endommageait les fibres du cerveau et produisait une pathologie neurologique semblable à la sclérose en plaques.

L’usage de substances inhalées peut également entraîner la perte permanente de l’ouïe et une altération de la moelle osseuse.

La Détection 

Les signes d’abus de substances volatiles sont souvent plus subtils que ceux de la consommation d’autres drogues. Les effets sont ressentis rapidement et disparaissent vite, et seule une petite quantité de la substance suffit. De plus, les produits consommés sont généralement licites, ce qui rend leur achat et leur rangement moins ostensibles. Une forte prévalence de troubles des humeurs, de troubles anxieux et de troubles de la personnalité est corrélée avec l’abus de substances volatiles, et il faut en tenir compte tant pour le dépistage que pour le traitement subséquent.

LA PRÉVENTION

Presque sans équivoque, la prévention est considérée comme la stratégie la plus efficace pour lutter contre l’abus de substances volatiles. Les méthodes préventives doivent viser à en réduire l’acceptabilité sociale, être complètes et appliquées en milieu communautaire, faire participer non seulement les consommateurs et les membres de leur famille, mais également leurs camarades, les écoles et les détaillants

Les préadolescents sont vulnérables à l’abus de substances volatiles. C’est pourquoi une éducation préventive probante doit être instaurée tôt dans les écoles primaires, pour s’assurer que les messages soient transmis avant, et non pendant que le jeune commence à consommer des substances volatiles. Il est établi que de brèves interventions en cabinet, y compris une rencontre de cinq à dix minutes pour souligner les risques liés à la consommation de drogues et d’alcool, sont efficaces pour réduire la consommation d’alcool, de marijuana et de tabac. Cependant, des stratégies similaires ne se sont pas révélées efficaces à l’égard de l’abus de substances volatiles, car la perception de méfait des produits est plus fortement corrélée aux réseaux sociaux qu’aux futures intentions d’en consommer . Ainsi, la disponibilité et l’abus de substances volatiles par les camarades sont liées à leur consommation, de nombreux jeunes déclarant en consommer au domicile d’amis et sur les terrains de l’école. De plus, l’abus de substances volatiles est relié à la pauvreté, à la faim, à la maladie, à un faible niveau de scolarité, au chômage, à l’ennui et aux sentiments de désespoir. Il est donc clair que la prévention doit également tenir compte de l’influence des facteurs sociaux, y compris les déterminants sociaux de la santé. Des mesures intersectorielles, qui incluent des partenariats entre les organismes communautaires, le secteur privé et le gouvernement, s’imposent pour diffuser l’information et assurer une éducation sur l’abus de substances volatiles, ainsi que pour mettre au point des politiques favorisant la prévention.


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*Les anesthésiques comme l’oxyde nitreux (gaz hilarant) et l’éther sont utilisés en médecine et en dentisterie. L’oxyde nitreux sert également d’agent propulseur pour les cannettes de crème fouettée. 

†Les nitrates, souvent appelés poppers, climax ou rush, entrent couramment dans la composition des désodorisants domestiques et des nettoyants de tête vidéo. Ils sont en outre faciles à trouver dans les commerces pour utilisateurs de drogues (head shops) et sont surtout consommés par des hommes en tant qu’aphrodisiaques.


RÉFÉRENCES

1. Kozel N, Sloboda Z, De La Rosa M, editors. Epidemiology of inhalant abuse: An international perspective. (NIDA Research Monograph 148). www.nida.nih.gov/pdf/monographs/148.pdf (consulté le 1er mars 2010).

2. Société canadienne de pédiatrie, comité de la santé des Premières nations et des Inuits L’intoxication aux substances inhalées. Paediatr Child Health. 1998;3:129–33. [auteur principal : M Tenenbein]. [Article PMC gratuit] [PubMed] [Google Scholar]

3. Polson, M. (mars 2005). Volatile Substance Misuse in Mount Isa: Community Solutions to a Community Identified Issue. Forum international sur l’abus de solvants du Comité sur l’abus de solvants chez les jeunes (YSAC) : Partnering for Progress.

4. Dell, C., Ogborne, A., Begin, P., Roberta, G., Ayotte, D. et Dell, D. (2003). Conception d’un programme de traitement en résidence de l’abus de solvants chez les jeunes : un examen du rôle de la durée du programme et de la durée du séjour des clients. Ottawa : Centre canadien de lutte contre l’alcoolisme et les toxicomanies.

5.Dell CA, Beauchamp T, Centre canadien de lutte contre l’alcoolisme et les toxicomanies FAQ sur l’abus de solvants volatils chez les jeunes. 2006. < www.ccsa.ca/2006%20CCSA%20Documents/ccsa-011327-2006.pdf> (consulté le 1er mars 2022).





Pierre E.  GEDEON 

Psychologue,

Certifié en Développement des Compétences relationnelles et en Psychothérapie.

©️Avril 2022.


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