L’hypocondrie : un tourment bien vrai.

 L’hypocondrie est un trouble anxieux qui touche beaucoup de personne de la population mondiale. Il s’agit d’une angoisse obsessionnelle développée par une personne au sujet de sa santé. Souvent tourné en ridicule par les autres, l’hypocondriaque est pourtant une personne qui souffre, moins physiquement que mentalement. « Ils ont souvent la croyance que cela signifie de n’avoir jamais de “symptômes” : jamais de crampes, de sensations cardiaques, de douleurs au ventre, aux côtes ou à la tête… » peut-on constater. Dès qu’ils perçoivent la moindre sensation inhabituelle, les voilà pris dans l’engrenage : comme ils soupçonnent un problème, ils portent une attention disproportionnée à leur corps, ce qui leur fait remarquer encore plus d’anomalies, autant de preuves qu’ils ont assurément quelque chose de grave. « L’élément déclencheur de l’inquiétude n’est pas imaginaire : la perception d’un signal du corps est réelle, mais c’est son interprétation qui est problématique », peut-on expliquer.

L’hypochondrie est un trouble anxieux. Il est caractérisé par l’angoisse envahissante d’être atteint d’une pathologie médicale, voire de plusieurs. L’hypochondrie est caractérisée par des symptômes physiques                       suggérant une affection médicale, mais ne pouvant être complètement expliqués par cette affection médicale, ni par une intoxication par une substance, ni par un autre trouble mental.

 

Définition : qu’est-ce qu’un (e) hypocondriaque ?

L’hypocondriaque n’est pas malade, il s’imagine l’être. Il aimerait presque être malade et qu’on lui pose un vrai diagnostic médical pour le soulager. Ce qui est paradoxal. Reconnaître qu’il est bien malade le rassure, et savoir que toutes ses angoisses sont légitimes peut l’apaiser, au moins un certain temps. Contrairement aux troubles psycho-somatiques, où une vraie lésion du corps existe, l’hypocondrie n’en présente pas. On peut le dire : il est malade de son imagination. C’est bien tout le problème des railleries dont il peut faire l’objet.

 

L’hypocondrie frappe les hommes autant que les femmes. Elle consiste à se croire malade, à partir d’une invention ou d’une exagération de symptômes bénins. Malade imaginaire, l’hypocondriaque peut nourrir une telle crainte de sa condition… qu’il se rend vraiment malade ! Il peut par exemple se plaindre de douleurs suite à un choc affectif, un sentiment d’insécurité ou un événement venant perturber sa vie quotidienne. Il recherche constamment le moindre signe de maladie, et son inquiétude est sans commune mesure avec son état de santé réel. Ses craintes peuvent se porter sur un organe particulier, par exemple le cerveau, ou sur une fonction, comme l’appareil digestif. Elles peuvent aussi être liées à des maladies fortement médiatisées comme le sida ou le cancer. L’hypocondrie mène le patient à consulter de nombreux médecins spécialistes dont il met généralement les qualités en doute. On ne parle évidemment d’hypochondrie que dans le cas où la personne, en dépit de diagnostics et d’examens négatifs, continue à être persuadée d’être malade.

L’hypocondrie serait-elle un trouble psychologique ?

Oui, l’hypocondrie est une problématique psychologique. Elle n’est pas logée dans le corps. L’angoisse qui résume l’hypocondrie est d’être seul, sans secours. Chaque fois qu’un hypocondriaque va voir un médecin, il va se rassurer. Il cherche désespérément à prendre un point d’appui, une aide, qu’il n’a pas toujours eu. Mais il arrive un moment où l’hypocondriaque doute même de la parole du médecin. Il considère que ce n’est jamais suffisamment apaisant. C’est comme les traumatisés, ils répètent finalement sans cesse la scène du trauma.

 

Y a-t-il un événement déclencheur dans la vie d’un hypocondriaque ?

Bien sûr, il y a plein d’événements déclencheurs. Les événements tragiques et violents qu’on vit au quotidien pourraient être considérés comme déclencheur. Par exemple, toute confrontation avec des personnes de son entourage qui sont malades ou mortes peut déclencher des crises d’hypocondrie. La confrontation avec la mort ou la maladie, où l’hypocondriaque se trouve impuissant, est souvent la cause d’apparition de troubles hypocondriaques.

 

Comme pour beaucoup de maladies psychiques, il est souvent difficile de trouver une seule cause précise à l’hypocondrie. Il faut souvent un événement psychologique difficile et brutal en général, pour déclencher le processus. Ce peut être le décès d’un proche par exemple, un accident ou encore un événement quelconque, pas nécessairement négatif à première vue. L’hypocondrie peut apparaître dès l’enfance, mais le pic d’incidence se situe plutôt entre 20 et 30 ans.

 

Signes d’une hypocondrie

 

Si vous rencontrez quelqu’un qui, dans la même semaine, a été chez un dermato, chez son kiné, son ostéo, a consulté deux ou trois spécialistes, a priori, vous avez affaire à un hypocondriaque. L’hypocondriaque est persuadé qu’il est atteint d’une maladie, généralement grave.

 

Le moindre signe est surinterprété.

Pour se rassurer, il a tendance à consulter de nombreux médecins différents ou internet tout en remettant en doute ce qui lui est dit (y compris les examens médicaux normaux) et en ne se rappelant que des signes qui peuvent alimenter son anxiété. Dans certains cas, l’hypocondrie peut prendre une telle proportion qu’elle affecte la vie sociale, familiale et professionnelle. Parfois, elle débouche sur le stress, l’anxiété, la dépression, la panique… et de vrais problèmes de santé. Le moindre signe est surinterprété : toux, plaie, pouls un peu accéléré, douleur même faible et fugace, etc. Chaque événement assez anodin et fréquent devient le symptôme d’une pathologie cachée.

 

Mais de quel type de douleur souffre donc l’hypocondriaque ? C’est très variable d’une personne à l’autre. Ses souffrances peuvent concerner tout ou partie du corps. Reviennent souvent les douleurs abdominales. Le mot « hypocondriaque », inventé du temps d’Hippocrate, désigne d’ailleurs une douleur qui se situerait sous les côtes, au niveau du foie. Autre symptôme fréquent chez ces malades : une fatigue incommensurable, qui les empêche d’avancer. Quant à la pathologie qui leur fait peur par excellence ? Le cancer, bien sûr. Il se développe en silence, dans n’importe quelle partie du corps et, souvent, quand les douleurs apparaissent, c’est qu’il est déjà développé. C’est LA maladie terrorisante quand on a tendance à s’inquiéter pour sa santé.

 

La société y est-elle pour quelque chose ?

La société est en partie responsable de l’hypocondrie. Avec la multiplication des maladies et des moyens d’investigation, l’information médicale est démultipliée mais surtout accessible à tous, n’importe quand. La santé est le troisième critère de recherche sur internet. Il y a une demande d’information, mais aussi une offre d’information colossale. À long terme, cela peut créer de la « cyber-condrie ». Nous sommes tous dans une quête infernale d’informations autour de la santé, ce qui crée un climat d’inquiétude. C’est un cercle vicieux : plus il y a d’informations, plus on recherche. Lorsqu’on a une réponse ça ne va jamais suffire, même pour un non hypocondriaque. De plus, la société diffuse en permanence des messages qui se veulent rassurants, mais, en réalité, chez quelqu’un de nature anxieuse, ce qui peut être rassurant peut aussi devenir l’objet d’angoisses terribles.

 

Vivre avec une personne hypocondriaque

Il est difficile de vivre avec un(e) hypocondriaque. La place pour les amis, la famille et même le conjoint devient extrêmement mince. Toutes les conversations tournent autour des symptômes et des examens réalisés par la personne malade. Lui et sa santé constituent son unique centre d’intérêt. Il y a donc peu de chances pour que le conjoint puisse partager ses soucis à lui, ses émotions. Il doit les remballer et se confier à quelqu’un d’autre. En outre, la vie intime disparaît elle aussi. Plus de complicité à chercher de ce côté-là non plus. Le proche se retrouve tiraillé entre le désir d’apaiser les craintes du malade en le soutenant dans ses démarches, quitte à entretenir le phénomène, et celui de le bousculer pour lui faire prendre conscience qu’il n’a pas de maladie physique.

 

Que peut-on faire pour aller mieux ?

Il est possible de guérir de ce trouble. Souvent, l’hypocondrie est un rapport au corps. Il faut dans un premier temps prévenir les crises. Pour les personnes qui sont dans une agitation anxieuse très forte, il faut réussir à apaiser le corps et à baisser le niveau de stress avec des techniques de relaxation, de méditation, … Aller consulter un professionnel, entamer une thérapie ( en exemple la thérapie brève dynamique individuelle, la thérapie de famille, et/ou les thérapies corporelles) ou faire de l’hypnose sont aussi des moyens de soulager ce trouble. Ensuite, l’hypocondriaque ne dispose pas toujours du langage nécessaire pour décrire ce qu’il ressent. Il va savoir décrire physiquement ce qu’il a, mais ne va pas trouver de relation entre une douleur et un vécu psychologique. Mettre des mots sur ses symptômes est important. Il y a toujours des symboliques psychiques associées aux organes et aux membres. Souvent l’hypocondriaque vient se plaindre de son organe pour ne pas se plaindre de ses relations défectueuses. Il y a une règle à apprendre pour soigner l’hypocondrie : il est important de se libérer des relations qui ne sont pas ou plus adaptées. L’hypocondrie est souvent conjointe à des relations qui sont défavorables pour la personne.

 

 



Références :

BURLOUX, Gabriel (2004). Le corps et sa douleur.  Hystérie, hypocondrie et névrose, Dunod, 264 p.

PONGY, Philip (2018). L’hypocondrie. Études et recherches en psychopathologie, SAURAMRS MEDICAL, 101p.

 

 

Pierre E. GEDEON,

Psychologue,

Certifié en Développement des Compétences Relationnelles et en Psychothérapie.

© Juillet 2021

 

 

 

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