Quid du Trouble bipolaire ?
Quid du Trouble bipolaire ?
Connaissez-vous quelqu’un qui, un jour, puisse être euphorique et, le lendemain, avoir le moral au plus bas ? Cette personne souffre peut-être de maladie bipolaire. Il est parfois difficile d’admettre ce trouble, et pourtant, c’est quand on le reconnaît qu’on peut le plus l’apprivoiser.
Il arrive à tout le monde de vivre des périodes de grande joie, de tristesse, de colère et d'être confronté à certaines difficultés. Cependant, chez les gens qui souffrent de troubles bipolaires, la manifestation de ces sentiments peut être amplifiée, voire excessive. Souvent, les changements de comportement qui surviennent peuvent inquiéter les proches.
Nous pouvons tous vivre des émotions comme la colère, la tristesse ou la joie. Habituellement, nous sentons que nous contrôlons nos émotions et nous sommes capables de les gérer au quotidien.
Une personne atteinte de troubles bipolaires vit ses émotions avec une intensité démesurée et elle a parfois du mal à les maîtriser. Par exemple, la personne peut vivre les événements de sa vie quotidienne avec une profonde tristesse ou un sentiment de bonheur extrême.
La fréquence, la durée et l’intensité de ces émotions peuvent varier d’une personne à l’autre et affecter la manière de penser et d’agir de chacune. La personne atteinte peut ainsi avoir de la difficulté à remplir ses obligations professionnelles, familiales et sociales.
« Passer du rire aux larmes » : être bipolaire, n’est-ce que cela ? Changer d’humeur est le propre de l’homme. Mais une alternance entre période d’euphorie et de tristesse qui met en péril l’équilibre de vie doit alerter. Tout trouble bipolaire porte en lui une situation de souffrance plus ou moins forte selon les personnes. Être bipolaire ne se résume donc pas à changer d’humeur en un clin d’œil mais constitue une vraie pathologie qui empêche de vivre normalement : difficulté à conserver un travail, à construire une relation amoureuse, multiplication des conduites à risque… Lorsque la période d’euphorie et d’excitation passe, s’ensuit souvent un épisode dépressif. Dans ses formes graves, cette dépression peut pousser à commettre l’irréparable : 5% des bipolaires décèdent par suicide. La bipolarité est une maladie mentale qui doit être accompagnée dans le soin et non être banalisée, au risque de la relativiser.
Ce n’est pas si simple. Le trouble bipolaire se caractérise avant tout par l’existence d’épisodes d’excitation maniaque, qui peuvent alterner avec des épisodes dépressifs. Au centre du trouble bipolaire, il y a un état d’excitation qui se distingue d’un simple épisode d’euphorie. La personne va développer plusieurs symptômes invalidants qui durent plusieurs jours : insomnie, désinhibition, accélération de la pensée avec fuite des idées, hypersociabilité, hypersexualité… La bipolarité est une pathologie complexe dont la forme varie en fonction de l’intensité et de la fréquence des épisodes d’excitation-dépression ou encore du tempérament de la personne.
La prévalence de ces troubles est estimée à environ 1 à 2% de la population mondiale.
Le trouble bipolaire de type I est caractérisé par un ou plusieurs épisodes maniaques ou mixtes et des épisodes dépressifs d’intensité variable. Le trouble bipolaire de type II est défini par l’existence d’un ou plusieurs épisodes maniaques modérés et un ou plusieurs épisodes dépressifs majeurs.
Il s’agit d’une maladie qui existe depuis la nuit des temps, auparavant appelée maniaco-dépression, qui touche toutes les couches sociales, autant les hommes que les femmes. Elle n’est donc ni « nouvelle », ni la maladie des personnes célèbres ou intelligentes comme on l’entend parfois. La bipolarité est le résultat de dysfonctionnements neurobiologiques, indépendants de la volonté, dont les causes sont multiples et intriquées. Il existe cependant une vulnérabilité génétique et psychologique chez certaines personnes. Dans ce cas, l’environnement va jouer un rôle de déclencheur du trouble bipolaire : un deuil, une rupture, un épisode de stress intense…
Le trouble bipolaire se soigne assez bien par des médicaments qui permettent de stabiliser l’humeur comme les sels de lithium, certains anticonvulsivants et des antipsychotiques de deuxième génération. A côté de ce traitement médicamenteux, il est essentiel de prendre soin de soi, apprendre à éviter les situations trop stressantes, appliquer des règles d’hygiène de vie pour observer une certaine régularité au quotidien. La participation à des groupes de psychoéducation, par exemple, permet souvent d’atteindre ces objectifs. De même, certaines thérapies comportementales et cognitives, ainsi que la méditation, permettent de faciliter un retour vers une vie normale et apaisée. En revanche, on ne peut pas guérir de la bipolarité sans soins.
Certaines formes de la maladie peuvent passer inaperçues. Ce sont celles, en général, qui se caractérisent par des périodes d’excitation modérée – appelée hypomanie – ou qui sont masquées par un autre trouble : alcoolisme, anxiété sévère… De ce fait, beaucoup de patients traités pour une dépression, par exemple, s’avèrent être atteints d’un trouble bipolaire. Il ne faut pas non plus négliger la cyclothymie qui est un trouble modéré de l’humeur dans son intensité mais qui peut s’avérer impossible à vivre de par sa répétition. Dans certains cas, elle peut s’aggraver et devenir un trouble bipolaire.
La bipolarité est classée comme une des 10 maladies les plus invalidantes par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). La Haute Autorité de Santé (HAS) souligne, de son côté, la nécessité de diagnostiquer le trouble bipolaire le plus tôt possible afin de prévenir le risque de décès par suicide puisqu’aujourd’hui elle estime qu’un malade sur deux fera au moins une tentative de suicide dans sa vie. Le trouble bipolaire étant difficile à diagnostiquer, notamment à l’adolescence, l’HAS met à disposition des médecins comme du grand public une fiche mémo pour reconnaitre les signes avant-coureurs de la maladie.
Pour Christian Gay, psychiatre et cofondateur de « France dépression » dans la prise en charge et le traitement d’une personne frappée du Trouble bipolaire « Le rôle de chacun doit être bien défini. Les proches sont des aidants et des aimants mais ce ne sont pas des soignants et des surveillants. » Ainsi il est important que les proches de personnes bipolaires soient bien informées de la nature du trouble afin de participer à l’élaboration du projet de soin avec le malade. Et en cas de coups durs, « le proche ne doit pas oublier que la personne touchée par le trouble fait ce qu’elle peut et non ce qu’elle veut. »
Référence :
GAY, Christian (2013). Manuel de psychoéducation – Les troubles bipolaires, éditions Dunod, Malakoff, France, 272 p.
Pierre E. GEDEON,
Psychologue,
Certifié en Développement des Compétences relationnelles et en Psychothérapie.
© Septembre 2020.

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