La tendresse : un puissant langage.

Il n'est pas sans savoir que nous vivons des moments si difficiles où tout le monde est préoccupé et anxieux. Ces moments non-souhaités nous laissent croire que notre ennemie commun semble être en bonne position pour nous tirailler. Peur d'être contaminé, perte d'emplois, adaptation à une nouvelle réalité de vie, troubles de la vie quotidienne, problèmes économiques, relations brisées,...tout cela nous rend la vie si difficile et dure.
Pouvons-nous être tendres pendant que la vie est dure ?
C’est parce que la vie est dure que nous devons être tendres. Avec les autres comme avec nous-mêmes. La tendresse est souvent dévalorisée, réduite à un tue l’amour, ou à ce qu’il reste de l’amour quand le désir s’en est allé. Quelle bêtise ! La tendresse est l’expression d’une sagesse ; elle suppose une lucidité à l’égard de la difficulté de l’existence. Elle est un besoin premier chez les animaux inachevés que nous sommes : nés trop tôt, angoissés et dépendants, nous avons besoin de tendresse pour nous développer, parachever le travail que la nature a laissé en plan. Il suffit parfois d’un geste tendre, d’une main posée sur un avant-bras pour que l’angoisse soit levée.

Il suffit parfois d’être touché pour être soulagé. Nous ne prenons peut-être pas suffisamment la mesure de ce pouvoir immense que nous avons : toucher et être touché. La tendresse ne ment pas : s’il est facile de simuler l’excitation, voire l’orgasme, il est très difficile de simuler un geste tendre. Le risque est grand d’être démasqué immédiatement. C’est lorsque nous simulons la tendresse que nous risquons de voir notre main repoussée, comme s’il y avait dans la tendresse authentique quelque chose de solide, d’indiscutable.

La tendresse est un langage qui permet de manifester son amour à l’autre. Elle passe par le corps, les regards, les petits mots doux, les caresses… Elle est vitale au bien-être de toute relation. Encore faut-il savoir ce que c’est que la vraie tendresse, pour pouvoir l’offrir à son partenaire.
La tendresse se lit dans les regards, s’entend dans les paroles, se sent dans les gestes, épanouit le cœur et le corps. Aucune relation ne peut pas durer sans la cultiver. Mais avant ça, il est important de bien comprendre de quelle tendresse a réellement besoin quiconque se trouve dans une relation.

La tendresse peut être définie comme quelque chose qui naît de la compréhension de l’état d’âme d’autrui.
Nous avons l'habitude d'entendre ces discours :"Je me trouve dans une relation et pourtant la solitude me ronge à l'intérieur"; "Mon partenaire est là sans être là". Cette plainte révèle que la tendresse est peut-être avant tout une qualité de présence. La tendresse est en même temps une promesse ; elle est une puissance au sens grec : quelque chose qui rend possible autre chose. C’est pourquoi il est ridicule d’y voir l’ennemie du désir, ou son succédané. La tendresse peut tout à fait conduire à autre chose qu’elle-même : à un sursaut de courage, à une relation à la mort plus apaisée, ou précisément au désir, à une sexualité plus dure, à la fin provisoire de la tendresse… Tendre, puis dur, puis tendre à nouveau… Une grande partie de la culture japonaise, comme probablement de la sexualité, repose sur cette alternance des contraires : le repos et le mouvement, le tendre et le dur… C’est aussi grâce à la tendresse que nous sommes capables de rapides changements d’état. Nous nous demandons si souvent comment retrouver la présence à l’heure de la sur connexion, de l’éparpillement de notre attention.
Une attitude intérieure de tendresse est nécessaire sans laquelle les gestes peuvent perdre leur sens. Un geste de tendresse peut être mal reçu parce qu’il est accompagné de preuves simultanées d’indifférence.

La tendresse qui prend soin procure force et énergie pour affronter le quotidien et son aridité.

La tendresse est désintéressée, permanente et ne peut être instrumentalisée pour obtenir une union sexuelle. Cependant elle y est nécessaire, pour faire fondre les soucis, les incompréhensions, et favoriser l’abandon des corps. La tendresse nourrit l’amour, lui permet de s’exprimer, le rend concret. Elle lui confère la douceur, pour suppléer la passion qui connaît des hauts et des bas. Elle aide à vivre les moments de déboires.

S’il arrive que la vie ne soit pas tendre avec nous, essayons un peu de tendresse. Prenons soin les uns des autres, ayons confiance en nos corps : ils sont bien plus intelligents que nous. Lorsque la vie est dure, la tendresse a quelque chose d’un acte de résistance, d’une provocation presque. C’est le tendre qui défie le dur, l’amour le plus spirituel qui passe dans les mains, dans la chaleur d’une voix. Plus la vie est dure, plus il nous faut rappeler combien elle est précieuse – plus il nous faut en prendre soin.





Pierre E. GEDEON,
Psychologue-psychothérapeute
Certifié en Développement des Compétences Relationnelles.

© Juillet 2020

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